Schreck, Gerhard (témoignage du pasteur)

Un pasteur méthodiste allemand : Gerhard Schreck

Note de la rédaction : Grâce à Étienne BRÈS, fils de Paul BRÈS, je suis entré en relation avec un ami et collègue de son père, le pasteur allemand Gerhard SCHRECK. Après une longue conversation téléphonique que j’ai eu récemment avec ce dernier, le pasteur SCHRECK vient de m’envoyer cette lettre qui a pour vocation d’être publiée dans ce blog. Le témoignage qu’elle contient est de grande valeur. Au delà de l’expérience purement pastorale de l’auteur, nous y trouvons les grandes lignes de de qui fut la présence méthodiste épiscopale en Algérie après le deuxième guerre mondiale jusqu’à maintenant. Voici cette lettre :

Monsieur et cher Collègue

Notre conversation ce matin (12 juillet 2012) m’a fait grand plaisir. Merci. En suivant votre proposition, voici un résumé de mes propos.

En Juin 1944, pendant la retraite des troupes allemandes en Italie, je fus blessé et fait prisonnier de guerre, à l’âge de 19 ans, par les forces françaises du Gal de Gaulle, dans la région de Sienne. Début août, un bateau hospitalier américain faisant une traversée pour la France m’a emmené à Mers-el-Kebir, près d’Oran/Algérie. Après un séjour dans un hôpital militaire américain, je fus transféré à Guelma, dans un hôpital auxiliaire français, puis au camp de prisonniers de guerre près de Constantine (PGA Constantine St. Hélène XI.TA.).

En 1946 j’étais dans un commando de travail à Alger (QG de la 10e R.M.), puis en 1947 à l’École de Cavalerie et des armes blindées (EC de la C et AB) à Alger/Husseïn-Dey, et en 1948/49 je travaillais comme dessinateur de bâtiment chez l’architecte DPLG Louis Tombarel à Alger.

En 1947, après le départ des aumôniers militaires allemands, étant méthodiste d’origine, j’ai pris contact avec l’EM (Église Méthodiste) à Alger (El Biar). Devenu membre actif de la Ligue de Jeunesse et de la paroisse de l’EM j’ai participé à des camps de jeunesse en Kabylie (1947), à Ain-el-Turk/Oran (1948) et à Sidi-Ferruche/Alger (1949) et à la rencontre des chrétiens autochtones à Tizi-Ouzou (1949). Demandé par l’E.M., j’ai fait un stage pratique de 2 mois (1949) dans un foyer de garçons à Constantine.

À ma libération en septembre 1949, me sachant appelé par Dieu en son service, j’ai commencé mes études de théologie au séminaire théologique de l’E.M. à Francfort-sur-le-Main en Allemagne, avec recommandation du Surintendant de l’E.M. en Afrique du Nord (A.d.N.) et avec la licence de prédicateur de la paroisse E.M. à Alger.

Constatant qu’il existait peu de publications sur le travail missionnaire en A.d.N., je décidai de combler cette lacune en rassemblant toutes les informations sur ce sujet. De juillet 1952 à janvier 1956, je fus pasteur dans l’E.M. en Allemagne, après mon ordination en 1955.

En 1953, j’ai épousé Herta Böcher, qui fut comme moi acceptée comme candidate missionnaire. Avec elle, j’ai poursuivis de février à juillet 1956 des études de langue française à l’Alliance Française (Paris), puis d’août 1956 à juillet 1957 nous avons étudié la langue arabe, l’Islam et la missiologie au Hartford Seminary Foundation, Hartford, CN, Etats-Unis.

En Septembre 1957, ce fut la naissance de notre fils Michael à Francfort/Allemagne. De septembre 1957 au janvier 1958, j’ai fait seul des études à l’Alliance Française de Paris.

A Paris nous avions entre autre eu contact avec le pasteur Leenhardt de l’ERF (précédemment pasteur à Alger), avec le pasteur Chazoule de l’Église méthodiste wesleyenne à Genevilliers et avec le pasteur William-Henri Guiton de l’Église méthodiste indépendante à Paris.

Chez le pasteur Chazoule, j’ai pu copier tous les articles de la revue l’Évangéliste concernant la mission méthodiste en Kabylie, depuis les premières visites du pasteur Lelièvre jusqu’à la passation de la Mission méthodiste française à la Mission Méthodiste Episcopale (Etats-Unis) en 1919.

Pendant nos études à Hartfort, le pasteur méthodiste Willy Heggoy, un ami que nous avons connu en Algérie, parla aux étudiants méthodistes de son projet de doctorat sur la mission chrétienne en A.d.N., de ses débuts jusqu’en 1932. Je lui ai parlé de mon projet, pensant d’y renoncer, il m’encouragea à continuer mes recherches en posant l’accent sur le développement du méthodisme en Algérie depuis 1932. Donc je continuais de rassembler des informations et des documentations.

Plus tard, comme pasteur à Constantine (1962-1988), j’en avais bien l’occasion, étant en charge des archives de la mission. Les documentations des premières années de l’E.M.E. en Algérie (jusqu’à environ 1930) furent toutes transmises à l’évêché de l’E.M. à Zurich/Suisse. D’autres furent préparées pour les suivre.

Mais étant toujours très occupé par mon travail pastoral et la gestion de la trésorerie de l’E.M.E. en A.d.N, je n’arrivai jamais à entamer sérieusement la rédaction d’une publication.

De 1957 à 1962, je fus pasteur de l’E.M.E. à Tunis et responsable du travail avec les enfants et la jeunesse (étudiants et lycéens, camps d’été pour enfants). Herta, mon épouse, participait au travail de la section féminine.

En 1959, j’ai fait trois mois de service à Oran. Pendant une période d’études théologiques du collègue sur place, le pasteur Lincoln Albricias, j’ai eu de nombreux contacts avec des légionnaires allemands mais aussi avec des algériens.

En 1960, naissance de notre fils Andreas à Tunis.

En 1961, comme couple, nous avons suivi un mois d’études islamiques à Jérusalem (secteur jordanien) à l’École d’été du NECC (Conseil Chrétien au Proche-Orient) sous la direction du Canion Kenneth Craig, spécialiste d’études islamiques et plus tard évêque auxiliaire de Jérusalem, ayant son siège au Caire.

En 1962/63, nous avons suivi un semestre d’études à l’université de Hambourg (langue arabe et islam) et à l’Académie des Missions de l’Église Protestante en Allemagne.

De 1963 à 1988, j’ai été pasteur de l’E.M. Unie à Constantine ; depuis 1972 j’ai été mis à la disposition de l’E.P.A. (Eglise Protestante d’Algérie).

Depuis 1965, la vie paroissiale fut commune avec l’EPERA. La langue paroissiale était le français. Cette période fut marquée par de nombreux changements : 1962/1964, départ des Français (les « Pieds-noirs »). De nombreux chrétiens protestants, venant au pays, travaillaient pour des ONG : Conseil mondial des Églises, CCSA (Comité Chrétien du Service en Algérie et autres). Les contacts œcuméniques avec l’Église Catholique étaient actifs et intensifs. Au fur du temps, on constata une diminution du nombre des coopérants français, surtout des enseignants (dans le cadre de l’algérianisation de l’éducation nationale) et des cadres d’entreprises. Par contre, nous vîmes une augmentation du nombre des étrangers engagés dans le développement industriel du pays, en provenance de l’Europe, de l’Inde, de l’Égypte, etc. Les cultes étaient bilingues, et il y avait des cultes et des réunions en langue anglaise et allemande en différents lieux.

Puis nous assistâmes à l’arrivée d’étudiants africains francophones (Madagascar, Ruanda, Burundi, Cameroun, Togo, Congo et autres pays).

Mes tâches principales étaient alors de confesser et d’expliquer la foi chrétienne à des musulmans et d’expliquer la religion de l’islam aux chrétiens venant de l’Europe et de l’Afrique. Je représentais officiellement l’Église et l’E.M.U. (GBGM).

En 1972, dans le cadre d’une nouvelle loi concernant les associations étrangères en Algérie, nous participâmes à la formation de l’Église Protestante d’Algérie (EPA) par l’union de l’Église Réformée d’Algérie (E.R.A) et de l’Église Méthodiste.

L’année 1989 fut année d’itinérance dans l’E.M. en Allemagne pour présenter la situation des Églises chrétiennes en Algérie.

En 1990, je pris ma retraite, en continuant  mon service itinérant. J’ai aussi été membre de la commission de rencontre du Conseil d’Églises Chrétiennes (A.C.K.) de Bade-Wurtemberg avec l’islam, jusqu’en 2009.

L’âge venant, ma santé et mes forces diminuant m’ont peu à peu conduit à devoir mettre fin à toutes mes activités ecclésiales.

Avec mes amitiés cordiales et meilleurs vœux pour vos recherches. Que le Seigneur vous bénisse.

Pasteur Gerhard Schreck

Juillet 2012

Note de la rédaction : Tout en souhaitant longue vie à notre cher correspondant sous le regard bienveillant de notre Seigneur, comment ne pas souhaiter, aussi, qu’il nous donne ses précieuses archives pour compléter celles que nous avons déjà sur le méthodisme en Afrique du Nord, et qui seront très bientôt à disposition des chercheurs du monde entier, sur les rayonnages de la bibliothèque de l’Institut Protestant de Théologie de Montpellier, rayonnages réservés aux documents de la SEMF, la Société d’Études du Méthodisme Français. En tout cas merci au pasteur Gerhard SCHRECK et à son émouvant témoignage, et merci aussi à son fils Michael qui a préparé notre rencontre et supervisé le texte présenté (Pasteur Jean-Louis PRUNIER).

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