KERPEZDRON, Armand de

Armand de Kerpezdron

Issu d’une très ancienne famille noble de Bretagne, aussi royaliste que catholique, Armand de Kerpezdron naît à Josselin (Morbihan) le 27 janvier 1772. Il fait de bonnes études: 1779 à 1787 au collège de Pontlevoy, de 1787 à 1789 au collège royal de Pont-à-Mousson. La Révolution interrompt ses études, et il émigre avec sa famille dès août 1789.

Armand commence alors une vie d’errance et de misère à travers l’Europe. Il rencontre le protestantisme en Prusse, et tente de rejoindre l’Angleterre en traversant la Hollande. De Londres, il passe à Jersey en 1794, et s’y installe comme professeur de Français. La même année, il fait la connaissance de Pierre du Pontavice. L’année suivante, le 6 août 1795, il épouse Elysabeth Moore dans l’Eglise anglicane. Ses enfants sont tous baptisés catholiques, ce qui prouve l’indifférence religieuse d’Armand en ce temps-là.

Mais il subit l’influence de du Pontavice et du pasteur méthodiste Knowles. Il se convertit et devient membre de la Société en 1805. En 1808 il est prédicateur. De 1807 à 1808, il fréquente un jeune pasteur anglais, William Toase, qui vient à Jersey pour y apprendre le français. La Conférence de 1811 envoie Toase aux “pontons” (bateaux-prisons où les Anglais avaient incarcéré leurs prisonniers de guerre). Devant l’ampleur de la tâche, Toase lance un appel au surintendant du circuit des Iles, Jean de Queteville, qui lui envoie pour le seconder Armand de Kerpezdron et Pierre Le Sueur.Toase et de Kerpezdron vont évangéliser les prisonniers français dans les dix vaisseaux de la Medway jusqu’au printemps 1814, date à laquelle les prisonniers sont libérés (le dépôt de Chatam regroupait le “Glory”, le “Fyen”, le “Crown-Prince”, l’Irresistible”, le “Canada”, qui gardaient les prisonniers Français et Espagnols, le “Trusty”, vaisseau-hopital, le “Sampson”, avec les outlaws des autres navires, le “Nassau” pour les Américains, le “Bahama” pour 400 Danois et Hollandais, et le “Brunswick”). Le sentiment de Kerpezdron, pendant ces années, n’a pas été de convaincre à tout prix, car il était sceptique sur le résultat de sa prédication. Il pensait que les Français prisonniers, connaissant les bienfaits que leur a apporté la société méthodiste, pourraient, à leur retour en France, y ouvrir une voie à l’évangélisation. 

La Conférence de Bristol (1814) envoie Toase en Angleterre, et garde à Jersey de Kerpezdron et Le Sueur en disponibilité pour la France. William Mahy est mort le 1er décembre 1813. De Kerpezdron est appelé à le remplacer à Beuville. En janvier 1815, il part évangéliser le Bocage pendant qu’Amice Ollivier le remplace à Beuville.

Les deux pasteurs rentrent à Jersey pendant les Cent Jours, mais de Kerpezdron retourne tout de suite après en Normandie, pour être muté à Bruxelles où il arrive le 9 juin 1816. En avril 1818, William Toase faisant une tournée en France passe dans une petite ville aux environs d’Orléans, Mer, qui demande un prédicateur. La Conférence de 1818 envoie de Kerpezdron à Mer. La position légale ambiguë de Kerpezdron le pousse à demander à l’État français sa nomination comme pasteur dans l’Église Nationale. Il l’obtient par l’Ordonnance Royale du 11 février 1820, qui le consacre “pasteur de l’Église Consistoriale de Paris, dans l’Oratoire d’Aulnay, commune de Mer”.
De Kerpezdron, toujours passionné par l’instruction des enfants, crée à Mer une école gratuite pratiquant la méthode “lancastrienne”. Les méthodistes anglais vont continuer à salarier le pasteur devenu réformé, mais, en 1829, Mer cesse d’être citée parmi les missions wesleyennes. Veuf en 1836, Armand souffre beaucoup, en 1852, de voir arrêter son fils par les autorités napoléoniennes. Il meurt à Mer le 2 octobre 1854.

Bibliographie : Matthieu LELIÈVRE, Armand de Kerpezdron, Paris, Fischbacher, 1913.

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