Capo, Juan (pasteur méthodiste catalan)

Un pasteur méthodiste catalan : Juan CAPO

 

Les protestants étaient très peu nombreux en Espagne quand commence la Guerre civile ; ils étaient autour de 20 000, issus de ce qu’on appelle « la seconde Réforme espagnole » qui débute officiellement en 1869 avec la proclamation contenant le principe de la tolérance religieuse dans son article 21 qui est immédiatement mis à profit par un petit nombre de personnes qui organisent des communautés dans plusieurs villes d’Espagne à Madrid, Séville, Cadix… [1]

De la Mission méthodiste à l’Église Évangélique Espagnole

C’est par Gibraltar, territoire britannique que le méthodisme s’introduit en Espagne.

Vers la fin de 1825 la Société missionnaire méthodiste décide d’apporter le méthodisme en Espagne et envoie le Révérend William Barber mais l’évangélisation commence réellement avec le Révérend William Harris Rule (1802/1890). Il fait des campagnes d’évangélisation à Cadix où il fonde une école et une Église en 1838. C’est une première tentative. Ce ne fut qu’avec la révolution de 1868 et grâce à la Constitution de 1869 – qui établissait en Espagne la liberté de culte – que le méthodisme peut s’enraciner. Le missionnaire W.T. Brown arrive à Barcelone en 1869 et fonde en suivant la tradition méthodiste un collège qui profitait de la nouvelle liberté d’enseignement et la grande nécessité d’ouvrir des écoles en Espagne. Il a traduit en catalan le Catéchisme Méthodiste(1869) pour les enfants en même temps qu’il commençait un travail d’évangélisation dans la ville. En 1871 W.T. Brown ouvrait le premier local de culte au 10, rue Abaixadors dans le quartier de Poble Nou. En Catalogne les communautés de l’Église méthodiste sont fondées à partir de septembre 1871 avec les Églises de Barcelona-Centre (Tallers), Poble Nou, Clot. Hors de la cité de Barcelone, il y a des communautés méthodistes à Rubí, l’Hospitalet de Llobregat, La Llagosta et Santa Coloma de Gramenet et à côté de chaque église une école qui, à l’époque où l’analphabétisme prédominait dans la société, était un apport majeur à l’éducation et la culture… Barcelone et les îles sont réunies dans un même circuit par le superintendant Franklyn Georg Smith.

Dès les débuts les relations et la coopération sont bonnes entre les Églises protestantes différentes. Dès 1906 l’Église méthodiste est invitée à participer à l’Église Évangélique Espagnole (IEE). En 1930 elle est représentée à la XVe assemblée de l’IEE, mais la Guerre civile arrête les projets de toutes les communautés protestantes d’Espagne, il faut attendre 1953 pour que les Églises méthodistes entrent dans l’Église Évangélique Espagnole pour former une Église unie.

Une grande famille pastorale.

 La famille Capó, une famille de Minorque (Maò, 1852…) a donné des pasteurs méthodistes, pendant trois générations déjà, qui ont développé l’évangélisation dans les Baléares et le Principat.

Le fondateur est Joan Capὸ i Pons, (Maó, Menorca, 1852 – 1909) disciple du missionnaire William Thomas Brown, évangéliste qui ne fut jamais consacré comme pasteur méthodiste, il s’est occupé de différentes congrégations à Maó, Castell i Pollença. Il est le père de Josep, Joan et de Samuel qui sont eux-mêmes pères d’une nouvelle génération de pasteurs .

1) Samuel Capὸ i Ferrer, (Pollença, Mallorca, 1894 – Barcelona, 1995). Comme son père, il est pasteur à Maò, et à partir de 1955, à Barcelone où il est chargé de l’Église de la rue des Tallers. Il participe à la revitalisation des communautés évangéliques de la Llagosta, l’Hospitalet de Llobregat et Santa Coloma de Gramenet. En 1994, on lui dédit l’ouvrage : Vivència i predicació de la Paraula de Déu.

Ses fils Daniel et Enrique sont membres actifs de l’Église méthodiste. Daniel, prédicateur laïque comme aide su superintendant du circuit méthodiste. Il poursuit ensuite son travail auprès des jeunes jusqu’à la veille des années 60.

Enrique Capó i Puig (Maò, Minorque 12/03/1930, Barcelona 9/03/2012) pasteur, théologien, écrivain, est une des grandes figures de l’IEE. Il a fait ses études au Séminaire Théologique Uni de Madrid et en Angleterre, Il a été professeur de langue grecque du nouveau Testament, directeur du département de traduction de la Fondation biblique évangélique catalane, directeur de la revue “Carta Circular”, organe de l’Église évangélique espagnole…

2) Josep Capó (Iles Baléares, s XIX – s XX). Il a été nommé prédicateur en 1905, il s’occupe de l’Église de Clot, puis en 1907 de celle de Poble Nou en 1907 et retourne à Clot deux ans après comme pasteur et maître. En 1928, il est le premier pasteur de l’Eglise catalano-baléare consacré par l’Église mère de Londres. Il fut le premier surintendant non anglais de l’oeuvre dans la Catalunya et les Baléares (1933 /1939). C’est pendant sa superintendance que sont réunis les premiers synodes de l’Église méthodiste catalono-baléare, sur la proposition du Comité de Londres; le premier en 1935. Il s’occupa de la traduction des Évangiles et des Actes des Apôtres en catalan (1924-28).

Alfred Capó était le fils de Josep. Il écrit à ses anciens paroissiens internés au camp d’Argelès [2]. Une dénonciation systématique du lien entre protestantisme et franc-maçonnerie se produisit avec le triomphe franquiste et comme il est franc-maçon, il doit fuir l’Espagne pendant la guerre civile. Il s’est réfugié en  Uruguay et y est mort à 33 ans [3]. Il avait traduit les épîtres aux Galates et aux Éphésiens La Fundació Alfredo Capó, de Montevideo, promeut les études évangéliques en Urugay. Son épouse Esther, elle est devenue centenaire.

3) Le troisième fils de Joan, Joan Capó (1889/1967), né aussi à Maó, est d’abord prédicateur et maître d’école. Son épouse Magdalena Pascual était née à Capdepera (Majorque) elle aussi dans une famille de l’Église évangélique méthodiste. Ils étudient à Barcelone pour entrer au service de l’Église méthodiste et de ses écoles. Ils se marient en septembre 1916. Juan Capó a commencé son ministère de pasteur et d’enseignant à Rubi en septembre 1915 et l’année d’après Magdalena est la collaboratrice de son époux. Ils dirigent ensemble les écoles de garçons et de filles. Pour évangéliser la population, ils répandent de petits traités. En 1918 ils créent une société locale de « Esfuerzo Cristiano » pour grouper les jeunes de l’Église de 13 à 30 ans. Il est consacré en 1933. Ils partent de Rubi en 1934 et sont ensuite au service des Églises de Barcelone El Clot et Pueblo Nuevo en 1938/39. Ils ont eu six enfants, trois sont morts jeunes, l’aîné Ernesto est mort à Barcelone en 1940, Humberto, marié avec Marta Inglada est pasteur de l’Église évangélique espagnole à Madrid, Frédéric, marié avec Margarita Goldenkranz s’installe au Mexique.

Les conséquences de la guerre civile

Durant la guerre civile (1936/1939) la vie des communautés protestantes continue normalement. Pendant les premières semaines les Églises sont fermées puis sont à nouveau ouvertes ; en Catalogne les difficultés des temples protestants sont pratiquement inexistantes. Les difficultés commencèrent en 1939 avec la fin de la guerre. C’étaient les années de la croisade national–catholique ; Franco avait déclaré clairement « Nuestro estado tiene que ser católico en el sentido tanto social como espiritual, porque la verdadera España ha estado y será católica”.

Pendant les premières années qui suivent la guerre « La post-guerra » « 1940/1950) le culte est célébré dans des maisons particulières. Josep et Juan Capó sont exilés en France où le pasteur Jacques Delpech, de la Mission du Haut-Aragon, s’occupe des réfugiés de l’Aragon et de Barcelone et des exilés en France [4].

Juan Capo fut exilé en France (dans la région de Nîmes) entre 1939 et 1942. Il a collaboré au travail pastoral dans diverses paroisses réformées, méthodiste et baptiste, pour aider les réfugiés espagnols et aussi pour remplacer de temps à autres ses collègues français.

Ses deux conférences présentées ici datent de cette période et elles nous ont été communiquées par l’épouse de Carlos Capó, le fils d’d’Humbert, Natalia Reverdin Effront. Elles témoignent devant les protestants français de la précarité et des difficultés de leurs frères d’Espagne, mais aussi de la vitalité de leur foi et de leurs réalisations chrétiennes.

 


[1] Manuel Martinez, catholique dans son enfance, républicain et converti au protestantisme, pasteur après avoir terminé en France ses études de théologie, trace dans sa thèse de théologie, présentée en 1950 à la faculté de théologie de Montpellier « État actuel du protestantisme en Espagne » l’évolution de ce protestantisme vue par un acteur des événements de la seconde République et de la Guerre civile.

[2] M. SOUCHE. Le pasteur Gustave Vernier, de Collioure, La retirada et les camps 1939/1944. Ed APHPO/CREC, 2011.

Gustave Vernier : Mercredi 05/04/39 — Reçu in paquet pour Eliseo Soler, de la part du pasteur Alfred Capo.

 

[3] Le livre Paginas de una vida, édité en 1946, écrit pour son épouse Esther Sancho Roca fait le récit de leur expérience.

Jean-Pierre BASTIAN, « Le lien maçonnique des dirigeants protestants espagnols, 1868-1939 », REVUE D’HISTOIRE ET DE PHILOSOPHIE RELIGIEUSES 2004, Tome 84 n°3, p. 265 à 285. .

En juin 1938, les relations diplomatiques avec le Saint Siège furent rétablies par le gouvernement de Burgos après l’abolition, par les militaires soulevés, des lois laïques de la Deuxième République. Une nouvelle juridiction fut mise en place reconnaissant à l’Église catholique une position privilégiée et identifiant le catholicisme à la nation. Ne pas être catholique consistait à être considéré comme « un ennemi de la patrie ». Le protestantisme fut réprimé parce qu’il avait été favorable à la République. Les temples, les collèges et autres institutions protestantes furent fermés sinon saccagés. Le régime franquiste assimila les protestants aux « communistes » et aux francs-maçons et une épuration débuta, affectant particulièrement les pasteurs et les membres des communautés qui occupaient des postes publics sous la République. Parmi les treize pasteurs francs-maçons de l’échantillon recueilli qui exerçaient en 1936, dix furent exécutés ou condamnés à de dures peines de prison ou durent s’exiler. Cette liquidation permet de mesurer la proximité idéologique avec la franc-maçonnerie, qui subit le même sort.

 

[4] C. MAIGNAN, Réforme et Espagne, p. 109. Les pasteurs Capó sont en relation avec J. Delpech. Juan Capo, José Capo, qui rejoint sa famille à Pau en mars 1939 et qui aide J. Delpech à découvrir et grouper les protestants.

M. SOUCHE. Le pasteur Gustave Vernier, de Collioure, en relation avec Jacques Delpech, qui s’occupait d’aider les réfugiés espagnols du camp d’Argelès a laissé le récit d’une visite d’un des pasteurs Capó à ses anciens paroissiens.

Mardi 14/03/39 — Arrivée à 4 heures1/2 du pasteur Capo de Barcelone, oncle de Jean Carretero. Venait de Pau. L’ai accompagné à Port-Vendres, à pied par une tramontane furibonde. Nous étions poussés par le vent. Juan a été évacué la veille, peu après ma visite sur le camp d’Argelès !! Mr Capo, qui m’a l’air d’un excellent homme au regard vif et expressif a couché à l’hôtel à Port-Vendres. Viendra demain déjeuner avec nous et tous deux irons au camp l’après-midi. […]

Mercredi 15/03/39 — Capo et moi sommes donc allés au camp. Il a fait appeler Juan et ses anciens amis ou paroissiens […] Retrouvé Capo en pleine conversation avec ses neveu et amis-paroissiens et sommes rentrés après adieux touchants (Capo). Il y a deux sentiments en moi, me dit ce dernier, un sentiment de joie, de grande joie en revoyant ces amis, mais aussi un grand sentiment de tristesse quand je pense à leur condition actuellement. Capo a pris le train à Argelès pour Perpignan, Sète…

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