Rostan, Jean-Louis

Pasteurs méthodistes : Jean-Louis Rostan

 

Jean-Louis Rostan est l’un des pasteurs les plus remarquables de la première période (1819-1852). Tout d’abord parce que c’est un des rares français de souche à avoir fait carrière dans le méthodisme en France. Ensuite, par le caractère même de son ministère, extrêmement actif, particulièrement zélé. Il nous a été très difficile de le suivre tout au long de ses pérégrinations, car il a été dans presque toutes les stations méthodistes de la première moitié du 19e siècle. Grosso modo, nous pouvons diviser sa vie en huit grandes parties.

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Il est né le 8 janvier 1807 à Saint-Marcellin, un minuscule hameau de la commune de Vars, dans le Queyras. Issu d’une famille paysanne de tradition huguenote, il est très tôt le berger du petit troupeau de la famille. Son adolescence est difficile, dissipée, avec un fort penchant suicidaire. Mais il a la chance de devenir l’élève de Félix Neff. En effet, le grand prédicateur genevois arrive à Vars le 19 janvier 1824 pour n’en repartir, épuisé, qu’au début du mois de mai 1827 (il meurt dans sa patrie le 12 avril 1829). Au printemps de 1825, Rostan assiste à un réveil à Dormilhouse. Il devient l’élève de la petite école créée par Neff pendant l’hiver 1825-1826. L’hiver suivant, Rostan remplace Neff comme maître de l’école. En 1827, c’est Rostan qui hérite du ministère de Neff dans les Hautes-Alpes. Mais il faut qu’il fasse des études de théologie. Rostan part à Montauban en novembre 1827, mais l’année qu’il y passe est un échec, dû au manque d’argent et d’un minimum de culture de base. Il rentre donc dans ses montagnes dès l’été 1828, pour y reprendre son ministère. Il est secondé à partir du mois d’août par le successeur de Neff, le pasteur Ehrmann. Pendant les deux hivers qui suivent, comme maître de l’école de Dormilhouse, il assista à un autre réveil, dans le Queyras et la vallée de Freyssinières. A partir de 1830, Jean-Louis Rostan s’improvise colporteur. Comme tel, il arpente toute sa région et, de 1831 à 1832, le Dauphiné et la Provence. Au commencement de 1832, à Perthuis, il rencontre sur le marché le pasteur Henri de Jersey, alors en poste à Lourmarin. Ce dernier détecte immédiatement en Rostan un bon prédicateur. Ils se lient et font ensemble une visite des Vallées Vaudoises, où ils se heurtent à  une vive opposition contre les mômiers. Henri de Jersey propose à Rostan d’entrer dans le ministère méthodiste et Rostan accepte, le 23 janvier 1833, d’occuper un poste temporaire en Languedoc.

Jean-Louis Rostan quitte les Alpes le 5 février 1833, pour commencer la deuxième étape de sa vie. Il s’installe à Congénies et travaille avec Renier, Cook et J. Lelièvre qui est à Ganges, malade. La conversion de Rostan date du 3 mai 1833, mais cet homme de foi aura de nombreuses périodes dépressives durant sa carrière. Au début de l’été de 1833, Rostan provoque un beau réveil à Vauvert et en Vistrenque. Il parcourt les Cévennes par deux fois et fait un bref voyage dans les Hautes-Alpes à la fin de 1833. En avril de l’année suivante, Rostan passe ses examens devant ses pairs, à Paris, où il est reçu et recommandé à la Conférence britannique. Il séjourne à Ganges pendant les mois d’août et de septembre, et demande à être envoyé pour les six mois d’hiver dans son pays natal, car le climat y est trop rude pour un pasteur non préparé. La Conférence le lui accorde et  il y retourne régulièrement tous les hivers (sauf un) jusqu’en 1840. Mais revenons à Vauvert, en mars 1835, où se développa d’avril (Pâques) jusqu’à fin mai une très grave persécution contre les pasteurs méthodistes. Cette persécution eut deux causes essentielles : la construction de la toute nouvelle chapelle, inaugurée en mai, et la prédication véhémente et hostile du pasteur de l’Église Réformée. Rostan ne fut pas la seule victime : Hocart, Berrus, le vieux pasteur Marzials, et même Charles Cook subirent les avanies d’une foule surexcitée et agressive. Cette agitation prit fin à la suite d’un procès, fin mai. Mais, alors que Rostan est à Tornac depuis juillet 1835, une nouvelle persécution s’enflamme contre lui à Mialet et à Lézan, causée, cette fois, par le maire de Mialet. Cette opposition violente s’étend d’octobre à novembre 1835, jusqu’à ce que Rostan parte pour passer l’hiver dans les Alpes, le 12 novembre. Il est de retour en mars 1836 en Vaunage, où il vend les traités édités par la toute jeune Société de Publication Évangélique. En septembre, il dût subir une troisième opposition dont l’épicentre est  à Saint-Jean-du Gard, et où les protestants et les catholiques se liguèrent contre lui, en le traitant de Morave ou de Capélan. Il repart dans les Alpes pour l’hiver et revient à Congénies de juillet à septembre 1837. Durant ces deux mois, Rostan est confronté à la quatrième et dernière opposition, intentée contre lui par le pasteur réformé de Junas. L’hiver 1837-1838 se passe, comme d’habitude, dans les Hautes-Alpes. Rostan retrouve la Vaunage en avril 1838, après avoir subi à Paris ses derniers examens pour son admission définitive au ministère. Il est consacré à Nîmes par Charles Cook le 23 août 1838 et reçu aussi en pleine connexion.

La Conférence de 1838 le place à Bourdeaux, où il passe l’hiver. Pendant l’été de 1839, il évangélise Establet. Il s’installe, à la demande de la Conférence, à Codognan, en septembre 1839, avant de partir, pour la cinquième et dernière fois, passer l’hiver parmi ses chers alpins. Au long de l’année 1840, Rostan va dans les Iles de la Manche, puis remplace le pasteur Lucas à Paris durant le mois de juillet. Il reste à Codognan, malade, lors de l’hiver 1840-1841, et s’installe à Anduze au printemps.

La Conférence de 1841 l’envoie à Lausanne, et c’est la troisième section de sa vie qui commence. À partir de 1841, la trajectoire de Rostan devient plus aisée à suivre. De 1841 à 1843, il travaille à Lausanne, puis de 1843 à 1845, à Aigle. Ce fut pour lui une période difficile, car la Suisse Romande était alors confrontée à de graves désordres. Rostan fait un pittoresque tableau de l’état des Églises romandes à son arrivée : “L’Église Nationale n’a plus ni confession de foi, ni discipline. Les Églises dissidentes semblent marcher à grands pas vers leur dissolution. Les unes se sont unies aux Plymouthiens, les autres à l’Église Nationale. Les Plymouthiens, cette comète étrangère qui traîne après elle le désordre et l’anarchie, semblent envoyés comme un fléau de Dieu…. Les Irvingiens ont aussi leurs disciples. Les Lardonistes (qui ont essayé de marcher sur le lac) ont également leurs adeptes”. À Aigle, Rostan doit se battre contre “les trois grands diables qui sont là pour retenir les âmes : la pipe, le vin, les femmes”. Il est au côté de Charles Cook lorsque celui-ci perd son épouse, Julie Cook, en mai 1844.

La Conférence de 1844 le place à Paris, en remplacement de son collègue Hocart qui est très fatigué. Ce poste le change beaucoup, par sa dissémination, des concentrations protestantes du Midi. Comment provoquer un réveil parmi des fidèles éparpillés dans toute la capitale? Il se marie avec une londonienne, Marie Brisco, dans la chapelle de la rue Royale, le mardi 2 décembre 1845. Rostan assiste, en août 1846, aux grandes assemblées de Londres qui débouchent plus tard sur la création de l’Alliance Évangélique. Son premier enfant, Hélène-Marie, naît le 6 mars 1847. Les événements du printemps 1848 le surprennent à Paris. Rostan voit d’un bon oeil l’instauration de la République, mais constate aussi une diminution de ses fidèles, et une plus grande agressivité de la part des catholiques. Pendant toute cette période parisienne, Rostan édite deux brochures : Le péché irrémissible, écrit à Bourdeaux mais édité en 1845 à Paris, et La bonne voie déblayée. Il obtient de la Conférence de 1849 l’autorisation de quitter Paris, et il est envoyé à Congénies.

C’est la cinquième phase de sa vie aventureuse. Rostan, sa femme et ses deux enfants (Hélène-Marie et Félix) arrivent à Congénies en octobre 1849. Le pasteur y trouve une oeuvre en déclin, et s’en plaint : où sont les réveils d’antan? Il travaille beaucoup, comme toujours, mais trouve le temps d’écrire quatre brochures : Le baptême des enfants  (1850), Essai sur les classes ou réunions d’expérience chrétienne (1851), Un parallèle mal compris (c’est une étude exégétique) et La défense de manger du sang  (jamais publié). Rostan a le bonheur d’assister à un beau réveil au Vigan et à Anduze en 1850.

Il convient aussi de parler de la prédication de Rostan : elle était très longue, plus d’une heure parfois, parsemée d’exemples très concrets, et pleine d’humour. Comme on lui avait demandé de s’améliorer, il dit dans une lettre postée à Congénies : “Je ne prêche plus qu’une demi-heure à la fois! Je parle moins vite, sauf quand je suis trop animé, et je crie moins ! “.

La Conférence de 1852 avait laissé Rostan à Congénies et maintenu Philippe Neel dans les Hautes-Alpes, malgré la très mauvaise santé de sa femme qui ne supportait pas le climat. Rostan se porte volontaire pour échanger son poste avec celui de Neel, ce que la Conférence accepte. A la fin novembre 1851, Rostan et sa famille s’installent donc à Guillestre, dans des conditions d’inconfort total. En juin 1852, notre pasteur participe, à Paris, à l’entretien sur la préparation de la future Conférence française. La première Conférence française (septembre 1852) le nomme président du District du Midi qui regroupe quatre circuits : Vaunage, Cévennes, Drôme, Alpes. Lors du voyage de retour, Rostan fait partie des rescapés d’un accident de chemin de fer, à la sortie de Nîmes. Il rentre à Guillestre très commotionné et prend un mois et demi de repos forcé. Jusqu’en 1854, il fait des tournées, particulièrement dans les Vallées Vaudoises. Il participe à la mission en Corse pendant le mois de décembre 1853. Le choléra fait son apparition dans les hautes vallées alpines, où se trouve notre pasteur en 1854, et  cela lui donne beaucoup de travail.

Mais les Rostan quittent Guillestre pour ne plus y revenir, car la Conférence de 1855 l’envoie à Jersey, pour son avant-dernier poste. Il y travaille avec trois autres pasteurs, et provoque un réveil pendant l’hiver 1855-1856, mais ce réveil s’éteint presque aussitôt. À l’automne 1857, le choléra frappe les îles et Rostan est atteint. Il en réchappe, mais ne s’en remettra pas. Pendant cette période insulaire, Rostan écrit pour ses catéchumènes : Le fil conducteur, ou courte analyse de l’Épître aux Romains. Mais il se sent très malade et demande à la Conférence de 1858 de le placer à Lisieux.

Lisieux est son dernier poste. Il subit une grave crise pendant l’hiver 1858-1859, et plusieurs prédicateurs viennent le seconder. Rostan trouve encore la force de venir à Paris, pour la Conférence, et  prêche devant ses collègues, le 15 juin.

Mais il rentre à Lisieux plus malade que jamais, et y meurt, en présence de J.Hocart, le 25 juillet 1859.

Pasteur Jean-Louis PRUNIER

Bibliographie :

LELIÈVRE Matthieu, Vie de Jean-louis Rostan, l’élève de Félix Neff, Paris, Librairie Évangélique, 1865.

 Actes de la Conférence de 1860.

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