Archives

Où sont les archives du méthodisme français d’avant 1939 ?

Mon ancien professeur disait toujours à ses élèves en histoire contemporaine : « Les sources, rien que les sources ». Pour étudier le méthodisme français il faut donc trouver les archives qui contiennent ces fameuses « sources », seuls documents susceptibles d’être utilisés pour écrire son histoire.

De son coté, Daniel ROBERT écrit, dans son livre célèbre Les Églises réformées en France (1800-1830), Paris, PUF, 1961 : « L’information est (…) assez peu satisfaisante en ce qui concerne les Wesleyens (couramment appelés Méthodistes) » et il ajoute dans sa note 4 : « Les archives de France paraissent disparues (certaines pendant l’occupation 1940-1941) ; mais il y aurait certainement à glaner dans celles des Missions Wesleyennes, à Londres (Lelièvre et Roux ne semblent pas les avoir sérieusement utilisées ; mais Lelièvre avait réussi à réunir les nombreux inédits de provenance surtout familiale) ».

Étudions ces données.

Que la Conférence méthodiste britannique possède l’ensemble des archives officielles de la présence méthodiste en France, cela ne fait aucun doute. En effet, la Mission méthodiste en France a toujours été, même pendant la période où cette Mission est devenue Église indépendante, soumise à l’autorité de tutelle, financière et doctrinale, de la Conférence britannique. Les Wesleyens britanniques détiennent donc au moins un double de chaque document qui compose les archives françaises. Ce fait pose toutefois au moins deux difficultés, la langue et l’éloignement, sans compter la connaissance de l’emplacement exacte où elles se trouvent et leur approche compliquées. Mais elles existent.

Les archives d’origine « familiale » utilisées par Matthieu Lelièvre sont les documents les plus faciles à obtenir, si l’on a dans sa famille un ou plusieurs pasteurs méthodistes. Cela est valable, par exemple, pour certains livres édités par la Librairie Évangélique, maintenant introuvables hors des bibliothèques spécialisées. Et puis on peut encore trouver, dans certains greniers méthodistes, les Actes des différentes Conférences ou Synodes de l’Église méthodiste française. En effet ceux-ci étaient envoyés à tous les pasteurs et à tous les responsables locaux. De plus on a l’Évangéliste, le journal méthodiste par excellence, qui, depuis 1850, a traversé toute la période jusqu’à 1939. Il contient, lui aussi, chaque année, un numéro réservé à la Conférence de l’année et à ses Actes. Et l’on peut aussi trouver, dans quelque coffre poussiéreux, des recueils de lettres manuscrites participant de la Correspondance fraternelle qu’entretenaient les pasteurs méthodistes en France. Ceux-ci, depuis 1850 jusqu’à 1939, envoyaient chaque trimestre à l’un des leurs une lettre portant sur ses activités pastorales, sur ses problèmes domestiques ou simplement sur ses états d’âme. Le Correspondant central récrivait toutes les lettres qui lui arrivaient ainsi en un seul recueil qu’il envoyait à son tour à chacun des participants. Ces lettres sont souvent sans intérêt majeur pour l’histoire du méthodisme, mais sont riches d’anecdotes et de détails sur l’existence quelque fois difficile de ces pasteurs évangéliques du XIXe siècle.

Restent les procès-verbaux des assemblées, qu’elles soient synodales (annuelles), ou de District (semestrielles), ou de Circuit (trimestrielles). En 1939, après bien des péripéties, la France est découpée en deux Districts, celui du Nord (Paris, Normandie – Bretagne, Vallée de la Seine et Nancy), et celui du Midi (Nîmes et la Vaunage, Alès et les Cévennes, la Drôme). Mais beaucoup de stations d’évangélisation ont été abandonnées en cours de route, telles que la Corse, la Suisse Romande (Lausanne, Vevey, Villeneuve et Aigle) ou le Bocage normand. Il devait donc y avoir, en 1939, deux pôles probables de conservation des archives : Paris et Nîmes. Lors de la vente et de la démolition de la chapelle méthodiste de Nîmes, en 2000, tout le contenu d’une armoire mal fermée, au premier étage de la chapelle, a été transféré dans une chambre de la chapelle méthodiste de Lasalle. En 2005, la petite Église méthodiste de France, fondée en 1940 par les paroisses refusant de se fondre dans la nouvelle Église Réformée de France, rejoint l’Église Évangélique Méthodiste (épiscopalienne), et les archives partent de Lasalle pour Bischwiller où elles sont enfin prises en charge par un archiviste compétent. Quant aux archives du District du Nord, seraient-ce celles dont parle Daniel ROBERT, « comme ayant disparues » ? Peut-être, mais je ne le crois pas. Aucune Église à Paris en 1939 n’a refusé d’entrer dans l’ERF. Les archives doivent donc certainement être entre les mains d’une des familles des pasteurs méthodistes alors en poste à Paris, l’un d’eux ayant pris chez lui ces documents pour les soustraire aux destructions de la guerre ; à moins d’être confinées dans un carton en attente dans les réserves documentaires de la SHPF. Mais pour l’instant je n’en ai aucune trace.

Ainsi donc, entre la Grande-Bretagne, Bischwiller, et les ressources familiales, en attendant de retrouver les archives du District du Nord, les sources ne manquent pas, d’autant plus que les méthodistes ont beaucoup écrit sur eux-mêmes pour mieux se faire connaître du grand public. Et bientôt il y aura deux pôles bibliothécaires, un à l’IPT de Montpellier, l’autre à Lausanne, sans oublier la longue bibliographie que l’on trouve sur le site internet du Centre Méthodiste de Formation Théologique http://www.cmft.ch/.

Je  termine cet article par un appel. Si vous qui me lisez et qui avez des affinités avec le méthodisme français et les recherches qui s’y rattachent (et le fait que vous lisiez cet article me porte à le croire), peut-être avez-vous chez vous ou chez une de vos connaissances, dans votre grenier ou dans un coffre poussiéreux, des textes, des vieux livres, des témoignages (photos, généalogies, …etc.), des lettres, bref des sources pouvant servir à établir l’histoire du méthodisme en France, contactez-moi. Je vous répondrai. Car le but de ce blog porte essentiellement sur la mutualisation des connaissances disponibles sur le méthodisme français, connaissances difficiles à acquérir de part l’extrême minorité des méthodistes français, même au sein du protestantisme hexagonal.

Je vous remercie d’avance.

Pasteur Jean-Louis PRUNIER

Publicités